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Numéro 32 - rive editoriale - mai 2017

dr Bénédicte Halba, présidente fondatrice de l'iriv, co-fondatrice des rives de l'iriv, co-fondatrice du Club de l'iriv à la Cité des Métiers

Demain est un autre jour pour l'Europe

« Qui suis-je ? Celui d’aujourd’hui vertigineux, celui d’hier, oublié, celui de demain, imprévisible ? » (1)

 Le 25 mars 2017, les pays européens fêtaient les 60 ans du Traite de Rome, texte fondateur de l’Union européenne. Cet anniversaire avait une charge symbolique singulière. Au même moment, pour la première fois de son histoire pourtant tourmentée, l’Union européenne perdait l’un de ses membres - le Royaume-Uni (2).  Face à cette situation inattendue, les Etats membres ont décidé de relancer l’esprit originel de l’Europe, ses principes fondamentaux et le couple moteur France - Allemagne.

L’Europe a choisi pour étendard une bannière étoilée (3) et pour chant l’Hymne à la joie de Beethoven. Elle pourrait adopter comme emblème la petite sirène. Cette créature moitié femme - moitié poisson est déjà associée à une légende européenne. Des sœurs jumelles seraient arrivées par la mer baltique- l’une prenant la direction de Copenhague (au Danemark), l’autre remontant la Vistule jusqu’à Varsovie (en Pologne).

La sirène traduit bien les  sentiments ambivalents que suscite l’Union européenne (4). Pour les Eurosceptiques, l’Union européenne entraînerait les Européens vers une catastrophe telle la sirène qui attire par ses chants les marins qui s’échouent sur les rochers. Dans le conte d’Andersen, la petite sirène est aussi la tragédie d’une femme poisson - le processus de décision européen serait aussi déshumanisé selon ses détracteurs. Pour les Européens convaincus, la sirène protège au contraire les pêcheurs, en bénissant leurs filets qu’ils remontent remplis de poissons- l’Union européenne a permis à ses membres de vivre en paix depuis soixante ans.

On reproche à l’UE son déficit démocratique. Les « eurocrates » auraient confisqué son pouvoir au peuple européen. Pourtant les décisions majeures sont prises par le Conseil européen qui rassemble tous les chefs de gouvernement des Etats membres. Le Parlement, élu au suffrage universel, jouerait un rôle mineur. Pourtant, s’il n’a pas les mêmes fonctions législatives que ses homologues nationaux, il détient un pouvoir redoutable- celui d’approuver la composition de la Commission européenne mais aussi de la démettre en cas de manquement.  Il a enfin un rôle majeur d’alerte auprès des opinions publiques sur les grands débats publics - défense des droits de l’homme, protection des minorités, respect de la démocratie….

La construction européenne s’est bâtie sur des principes très concrets. Les organisations- associations, entreprises, collectivités publiques- engagées dans des projets européens les ont expérimentés concrètement. Un projet européen doit s’inscrire dans le champ de compétences de l’Union pour garantir la souveraineté nationale et ne pas outrepasser ses droits. Le principe de subsidiarité doit être respecté - tout projet n’est financé que s’il peut justifier d’une réelle plus-value européenne- en associant au minimum trois Etats membres. Le principe d’égalité des chances est constant – les projets doivent favoriser l’inclusion sociale des publics les plus vulnérables (jeunes décrocheurs, seniors au chômage depuis longtemps, personnes handicapées, publics migrants…)

Avant de recevoir une subvention européenne, une association doit suivre une procédure exigeante de sélection qui respecte l’égalité de traitement des candidats et les principes fondateurs de l’Union européenne. Elle s’engage également à rendre accessibles au plus grand nombre les résultats de ses travaux. Des acteurs clés associés au projet permettent enfin d’assurer une pérennité au projet. La Commission européenne peut vérifier la bonne utilisation des fonds et leur  avenir cinq ans après la fin du projet. Il n’y a plus beaucoup de « passagers clandestins ».

Depuis le Brexit, les associations britanniques peuvent vérifier l’apport essentiel des soutiens européens. La société civile britannique est entrée dans une phase critique d’incertitude. Contrairement aux mensonges diffusés, le Royaume-Uni est redevable à l’Europe- les responsables politiques, économiques et universitaires de bonne foi le reconnaissent (5). La politique d’apprenti sorcier du gouvernement britannique a laissé au bord du chemin les publics les plus démunis qui ont paradoxalement voté pour la sortie de leur pays de l’UE, abusés par des oiseaux de mauvais augure.

Demain, pour les 70 ans du Traité de Rome, faisons un pari pascalien. Gageons que l’Union européenne aura surmonté avec panache l’épreuve du Brexit. Après ce choc salutaire, les Etats membres auront su réagir. L’Europe aura refondé ses bases avec des traités plus adaptés à un monde changeant et rempli d’incertitudes. Elle pourra compter sur la société civile – en particulier les associations européennes et les millions de bénévoles qui œuvrent en leur sein (6) et qui sont prêts à défendre les valeurs démocratiques prônées depuis 60 ans par l’Union européenne – hier, aujourd’hui et demain.

« Nous devons donc ouvrir portes et fenêtres à la bonne humeur, peu importe quand elle se décide à venir »(7).

(1) Jorge Luis Borges & A. Boy Casares, « Chroniques de Bustos Domecq », Buenos Aires, 1967- traduction française éditions Denoël 1970 ; éditions Robert Laffont, Paris, 2011
(2) le Brexit prenant effet le 20 mars 2017 - rive de Peter Wells, « Demain est un autre pays ».
(3) 12 étoiles dorées sur un  fond azur 
(4) surtout depuis le rejet de la Constitution européenne en 2005 par deux pays fondateurs- la France et les Pays-Bas
(5)dont elles ont bénéficié pendant plus de quarante ans - rive de Jenny Philimore « Demain pour les Britanniques européens, l’espoir en attendant l’optimisme »
(6) qui jouent un rôle essentiel de sentinelles - ces « little platoons » selon Edmund Burke (1729,  Irlande ;  1797, Royaume-Uni), homme politique et philosophe irlandais, député à la Chambre des Communes britannique
(7)Arthur Schopenhauer (1788, Dantzig ; 1860, Francfort sur Main) ,  « L’art d’être heureux », édité par Franco Volpi, traduction de Jean-Louis Schlegel, Points Essai, Paris, 2013 - Die Kunst, glücklich zu sein, Éditeur original : C. H. Beck’sche Verlagsbuchhandlung, München, 1998.



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