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Numéro 32 - rive psychanalytique - mai 2017

Diomar Gonzalez Serrano, psychologue, Master en Psychanalyse (Université de Paris 8), secrétaire générale adjointe de l'iriv

Et si on demandait aux oracles des réponses pour demain ?

Demain est un mot mais aussi plus qu’un mot, une énigme qui cache ce qu’on souhaite voir se réaliser, ce qu’on a fait depuis toujours pour y arriver. Demain est en gestation dans notre vie d’aujourd’hui- une suite logique de choix du passé, avec des conséquences transcendantales dans notre vie future. Nous souhaitons insister sur ces choix qui engagent des orientations essentielles de notre vie personnelle, mais aussi publique.

Nous faisons constamment des choix dans notre vie -  de carrière, de couple, de loisirs, de lieu et de manière de vivre …. Cette série de décisions forme un tout qui constitue ce qu’on peut appeler un style de vie. Nous faisons  des choix d’adultes,en personnes responsables, qui nous engagent ainsi que notre entourage, ou une communauté plus large - quand on adhère à un courant de pensée, un groupe social, un parti politique…. Nos décisions concernent notre propre futur, mais aussi celui des autres, voire même l’avenir de notre pays - par exemple, lors d’élections nationales.

Sommes-nous vraiment conscients des origines de nos décisions? On pourrait répondre qu’elles viennent de la connaissance que nous avons de nous-mêmes, de notre réalité présente, et de nos  certitudes. Pouvons-nous en être certains ? Dans la mythologie grecque, Œdipe veut tout connaitre de ses origines. En dépit de Tirésias qui lui dit qu’il serait préférable de ne pas le savoir,  il va au bout de sa recherche pour découvrir la vérité. Lorsqu’il l’a trouvée, il se crève les yeux parce qu’il n’a pas pu supporter l’horreur de la révélation.

Dans notre vie contemporaine, des dynamiques remarquables se mettent en place. Il est important de nous interroger sur ce que sera notre avenir, et celui de notre société. Les discours sectaires se développent. Ils prétendent légitimer certains aux dépens d’autres, sur la base de caractéristiques qui leur seraient propres. Elles les rendraient différents et  justifieraient d’exclure tous les autres.

D`où viennent de tels discours? Pour Hervé Hubert, à partir de la révolution française, la civilisation passe à une organisation hiérarchique où les représentants de Dieu sur terre - les rois, les monarques, etc.- disparaissent (2). La société s`organise selon un axe horizontal, proclamé au nom de la raison. Dieu disparaît comme maitre de la société. La science se pose comme nouveau maitre. Les nouveaux slogans du discours de la modernité sont : égalité, fraternité, et liberté. Hervé Hubert, s’inspirant de Lacan (3), prétend que ces discours modernes réduisent les différences sociales qui existaient auparavant. En même temps, ils suscitent une crise d’appartenance : que faire des spécificités de ceux qui ne me ressemblent pas ? Les différences sont parfois régulées transversalement - avec l’idée de groupe, d’ethnie, de race qui crée liens très étroits entre semblables. Ces liens  impliquent souvent  le rejet, la ségrégation, le racisme, la haine face à l`altérité. Les  possibilités de métissage et de diversité sont exclues. C’est un des écueils XXème siècle

Nous voulons inviter à réfléchir sur l`origine de nos élections discursives, pour réfléchir au nom de quelles valeurs on peut choisir un avenir, non seulement pour sa  famille, mais aussi pour les générations à venir. Quand on proclame l`égalité: souhaite-t-on celle des êtres qui nous ressemblent  ou accepte-t-on de reconnaître les autres avec leurs différences? Ce sont deux propositions totalement opposées. On peut finalement arriver à savoir beaucoup sur soi, mais parfois, comme chez Œdipe, cette connaissance peut nous perdre.

Sommes-nous prêts  à tout savoir sur les origines de nos choix pour construire le monde de demain ?

(1)  premier lecteur : Jean Bernard Clouet (CISED)- lecture finale : iriv
(2)  séminaire « Les défauts de la civilisation au XXème siècle » (2008)
(3)  LACAN ,  « Je ne connais pas qu’une origine de la fraternité –je parle humaine, toujours l’humus-, c’est la ségrégation. (…) Simplement, dans la société (…) tout ce qui existe est fondé sur la ségrégation, et, en premier temps, la fraternité. Aucune autre fraternité ne se conçoit même, n’a le moindre fondement, comme je viens de vous dire, le moindre fondement scientifique, si ce n’est que parce qu’on est isolé ensemble, isolé du reste»., Séminaire (1969-1970), Livre XVII., Paris, Editions du Seuil, 1991, p.132.

 



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