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Numéro 32 - rive éducative - mai 2017

Christiane Adjovi, Master en Sciences de l’Education (Université de Paris VIII) et Master en Sociologie et Anthropologie (Université de Cotonou)

Quelle école pour demain ?

L’éducation est confrontée à de nombreux défis. Beaucoup de questions se posent sur les programmes, les méthodes et les contextes de travail, mais aussi sur les acteurs concernés (enseignants, formateurs, institutions et apprenants). En période électorale, l’éducation est au cœur des programmes des différents candidats. Célestin Freinet écrivait  qu’« on prépare la démocratie de demain par la démocratie à l'école. Un régime autoritaire à l'école ne saurait être formateur de citoyens et de démocrates »  (1) ?

Que doit être l’école de demain ? A quoi peut-elle  ressembler ? Pour écrire mon article, j’ai réalisé  un sondage auprès d’amis de différents statuts socioprofessionnels : enseignants confirmés ou stagiaires, jeunes et moins jeunes, parents d’élèves (élus et simples parents), étudiants et travailleurs sociaux, des personnes venues d’ici et d’ailleurs. J’ai posé une seule question : « si vous aviez un mot ou une phrase pour d’exprimer votre vision de l’éducation de demain, quels seraient-ils ? ». Voici leurs réponses : « digitale », « galère », « adaptée aux besoins », « compétences », « professionnelle et de qualité », « moins concurrente, mais plus humaine et humaniste », « plus de pratique », « parents de plus en plus dépassés », « égalité des chances », « liberté » etc. Aussi variées qu’elles puissent paraître, les réponses se recoupent sur un point : un nécessaire changement, une adaptation à notre temps, à l’ère du digital. Ces réponses sont aussi une injonction à la créativité. Avec le développement des neurosciences, elle est devenue le leitmotiv de l’éducation surtout scolaire. 

Quel est l’apport des neurosciences ? Elles ont apporté de nouveaux éclairages sur l’apprentissage, une vision innovante de l’apprentissage avec des découvertes sur la plasticité du cerveau. La créativité dans l’apprentissage serait liée aux facteurs conatifs, cognitifs, émotionnels et environnementaux. Les questions essentielles qu’elles posent sont : d’où vient l’apprenant ? Que désire-t-il ? Pourquoi ? Dans quel type de milieu évolue-t-il ? Où va-t-il ? Les neurosciences permettent de comprendre des mécanismes en œuvre dans le fonctionnement du cerveau humain pour faciliter l’élaboration d’apprentissages efficaces. Une conférence de l’OCDE recommandait d’ «adopter une approche globale, qui tienne compte des liens étroits entre bien-être physique et intellectuel, aspects émotionnels et cognitifs, esprit analytique et capacités créatrices » (2). Pour  Jean Piaget « Si l’on désire, comme le besoin s'en fait de plus en plus sentir, former des individus capables d’invention et de faire progresser la société de demain, il est clair qu’une éducation de la découverte active du vrai est supérieure à une éducation ne consistant qu’à dresser les sujets à vouloir par volontés toutes faites et à savoir par vérités simplement acceptées » (3).

L’éducation est aussi une arme pour la liberté. Elle doit plus que jamais poursuivre un but : favoriser l’accès à la connaissance pour tous. La connaissance libère des préjugés, fils de l’ignorance. Les enseignements de Paolo Freire sont toujours d’actualité. L’éducation doit permettre de décrypter le monde de façon critique à travers un processus de conscientisation marqué par la recherche d’une « encapacitation » de l’apprenant. Freire parle de « pédagogie critique » (4). Sa pensée est résumée dans la formule suivante: « L'éducation authentique ne se fait pas de A vers B, ni de A sur B, mais par A avec B, par l'intermédiaire du monde »(5). Si le conservatisme reste tenace dans les institutions, force est de constater que l’Education nationale, à travers ses nouveaux programmes, insiste sur le respect de l’apprenant en partant de ses besoins.

L’erreur, l’incertitude, l’échec, la saine émulation, la concurrence en moins : telles sont les formes d’éducation espérées par mes sondés. La tolérance tient une place essentielle. L’erreur, l’incertitude et l’échec sont des phénomènes normaux. On apprend en échouant, en refaisant, en découvrant par soi-même. Toutes les formes d’éducation doivent être valorisées, y compris la formation professionnelle. Pour répondre aux enjeux du millénaire il faut « passer à une école de la confiance »(6). Si l’on veut que les élèves apprennent, il faut faire confiance aux élèves, aux parents, aux enseignants et être moins dans le contrôle. Un adage attribué à Benjamin Franklin le résume ainsi : « Dis-moi et j’oublierai. Enseigne-moi et je me souviendrai. Implique-moi et j’apprendrai » (7)

L’évolution doit tenir compte des progrès de la technologie. L’avenir de l’éducation, de l’apprentissage ne peut plus être pensé sans elle. Sans lui accorder une place centrale, il faut l’associer en l’utilisant à bon escient. Internet peut  venir en aide aux enseignants, aux parents et aux apprenants.. « Les tâches répétitives qu’accomplit un enseignant aujourd’hui peuvent être réalisées par des machines – typiquement la correction de copies simples ou la répétition inlassable des règles, y compris à la maison. D’autres appellent une véritable valeur ajoutée de l’humain. Lorsqu’il faut être à l’écoute, s’adapter, développer l’esprit critique, la créativité. Et apprendre aux élèves à éteindre les machines quand on n’en a pas besoin” (6).

L’école de demain se bâtit tous les jours sur des questions qui n’appellent pas toutes des réponses ni une totale adhésion. Même si on peut ne pas être d’accord sur tout, il convient, au moins d’avoir une réflexion en la matière. Il faut essayer et expérimenter.

(1)  Freinet C., « Les invariants pédagogiques », in « Œuvres complètes » Tome 2, Seuil, p 383
(2)  oropos tenus dans le cadre d’une conférence tenue en 2008 par l’OCDE et le CERI intitulée “Apprendre au XXIè sicècle : recherche, innovation et politiques
(3)  Jean Piaget (1969), Psychologie et pédagogie, Paris, Denoel.
(4)  Pédagogie de l’autonomie, publié au Brésil en 1969 mais traduit et publié en France en 2013
(5)  Paulo Freire, (1974), Pédagogie des opprimés, Paris, La découverte
(6) François Taddei, ingénieur biologiste et généticien, enseignant chercheur fortement impliqué dans la réflexion pour la transformation de l’apprentissage en tenant compte des nombreuses découvertes en neurosciences et en sciences de l’éducation. Il a fondé en 2005 une sorte de laboratoire université (le Centre de recherche interdisciplinaire) où il accueille toute personne souhaitant travailler dans une interdisciplinarité créative.
(7)  Benjamin Franklin « Tell me and I forget. Teach me and I remember. Involve me and I learn »



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