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Numéro 4 - rive éditoriale - juin 2005

dr Bénédicte Halba, présidente fondatrice de l'iriv, co-fondatrice des rives de l'iriv, co-fondatrice du Club de l'iriv à la Cité des Métiers

Le genre bénévole

Deux anniversaires en 2005 méritent que l'on s'interroge sur la place des femmes dans la vie associative, sur leur engagement et l'exercice de fonctions élues : le droit de vote qui leur a été accordé le 29 avril 1945 (un siècle après les hommes) et la loi sur la parité en politique adoptée le 6 juin 2000.   


Un parallèle avec l'engagement politique s'impose : il est souvent concomitant ou une suite logique d'une expérience associative. Surtout, les avancées réalisées dans le domaine politique pourraient inspirer le monde associatif pour que les femmes soient mieux représentées dans les instances nationales (CNVA, CPCA…) ou fédérales.   

Le premier pas de l'engagement est l'adhésion. Si l'on compare les deux partis politiques de référence en France (UMP à droite, PS à gauche), le profil est nettement masculin : les femmes représentent 35% des militants de l'UMP, la proportion est de 39% pour le PS (1). Les hommes sont également plus volontiers membres d'une association : 49% des Français contre 39% des Françaises (2).   

Plus révélatrice est la participation " active " et surtout l'accès aux postes de décision. Les femmes peinent souvent à accéder aux instances dirigeantes de leur parti : l'UMP compte seulement 21% de secrétaires nationales ; au PS, depuis le Congrès de Dijon de 2002, 40% de femmes doivent siéger dans les structures de direction (1). Dans la vie associative 20% des adhérents contre 14% des adhérentes dirigent leur association. Le bénévolat est également plus masculin : 30% de Français contre 22% de Françaises sont bénévoles (2).   

Quelles ont été les avancées les plus notables pour favoriser l'égalité des chances entre hommes et femmes ? En politique, la loi du 6 juin 2000 a consacré l'égal accès des hommes et des femmes aux mandats électoraux et aux fonctions électives, principe qui figure à présent dans l'article III de la Constitution. La loi du 11 avril 2003 " relative à l'élection des conseillers régionaux et des représentants au Parlement européen ainsi qu'à l'aide publique aux partis politiques " a poursuivi l'œuvre pionnière de la loi de 2000.   

Grâce à ces lois, une nouvelle génération de femmes a pu accéder aux fonctions d'élues. Ainsi le pourcentage des conseillères municipales est passé de 27 à 47.5% dans les villes de plus de 3 500 habitants, celui des conseillères régionales de 27.5% à 47.6% et celui des sénatrices de 7.8% à 24%. En revanche, dans les conseils généraux, c'est le statu quo et à l'Assemblée nationale, on ne compte que 12.7% de députées, plaçant la France au 12ème rang de l'Union européenne, au 63ème rang mondial (3). Les échelons " décisionnaires ", dans la tradition jacobine (Etat et départements), sont toujours difficilement accessibles aux femmes.   

Le dernier bilan publié par le CNVA souligne que les Assises nationales de la vie associative, réunies en 1999, s'interrogent pour la première fois sur la place que les associations réservent aux femmes (4). Si elles représentent 71% des 1.300.000 emplois associatifs recensés par l'Insee, seulement 20 à 30% occupent des postes de décision. Le rapport évoque le " plafond de verre " dénoncé par Michèle Cotta (5) selon lequel seulement 7% de femmes font partie des organes de décision (conseils d'administration) des entreprises..   

Une lueur d'espoir est la validation des acquis de l'expérience bénévole qui permet de valoriser les compétences acquises grâce à un engagement associatif (6). Si le bénévolat " simple " est une première étape de la participation active au sein d'une association, le fait d'être une dirigeante élue permet de développer des compétences spécifiques : le sens des responsabilités, la prise de décision, la négociation, l'animation d'équipe … Cette expérience peut favoriser un retour à l'emploi mais aussi donner envie de postuler à une autre fonction élective (syndicale ou politique), voire ministérielle.   

Voici une nouvelle proposition pour la Conférence nationale sur la vie associative prévue en septembre prochain : instaurer la parité dans les conseils d'administration des fédérations nationales bénéficiant de financements publics et au sein des instances représentatives de la vie associative. On ne naît pas bénévole, encore moins élue associative, mais on peut le devenir…  
 
 
 
(1) articles du Monde des 8 mars et du 29 avril 2005 sur l'anniversaire du droit de vote accordé aux femmes en avril 1945 et sur les cinq ans de la loi du 6 juin 2000 
(2) Febvre (Michèle) et Muller (Lara), Vie associative et bénévolat en 2002 , INSEE, Paris, octobre 2004. 
(3) Parité : 5ème anniversaire de la loi du 6 juin 2000 ; http://www.premier-ministre.gouv.fr 
(4) CNVA, Bilan de la vie associative (2000-2002), La Documentation française, Paris, 2003 
(5) Cotta (Michèle), Femmes dans les lieux de décision, Conseil économique et social, Paris, 2000. 
(6) projet Leonardo da Vinci, www.eEuropeassociations.net     



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