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Numéro 27 - rive éditoriale - décembre 2014

dr Bénédicte Halba, présidente fondatrice de l'iriv, co-fondatrice des rives de l'iriv, co-fondatrice du Club de l'iriv à la Cité des Métiers

Détour bénévole et retour à l'école

« L’expérience est le nom que les hommes donnent à leurs erreurs » écrivait Oscar Wilde (1). Les chemins de traverse permettent parfois de retrouver la route principale. Pour certains, les détours sont même nécessaires à l’apprentissage. Les études internationales (2) montrent que les élèves français sont particulièrement stressés par la peur de se tromper. Dans d’autres pays (comme la Finlande ou les pays anglo-saxons), les méthodes d’enseignement intègrent l’erreur comme approche pédagogique. Une spirale négative menant à des erreurs répétées et durables peut cependant entraîner une exclusion du système éducatif.

L’échec scolaire est une préoccupation majeure de tous les pays européens. Au Conseil de Lisbonne en 2000, les pays de l’Union européenne l’ont défini comme « la part des jeunes de 18 à 24 ans qui ont  seulement un niveau d’éducation secondaire et ne suivent plus d’études ni aucun cursus de formation » (3). Ils ont fixé comme objectif pour 2020 une proportion de 10% de jeunes concernés en moyenne. Seulement 6 des 27 Etats membres ont réussi à atteindre ce niveau à ce jour. La proportion est pour l’instant de 18% en moyenne. La situation varie d’un pays à l’autre, passant de 39% au Portugal à 10.2% en Finlande. En France, le taux est de 13,1%.

La lutte contre le décrochage scolaire est l’une des priorités du Ministère de l’Education français (4). Le Président de la République a fixé pour objectif de diviser par deux avant 2017 le nombre de jeunes sortant sans qualification du système éducatif. L’échec scolaire est la principale cause d’exclusion sociale et professionnelle pour les jeunes.  Il est assez rare de rencontrer des enfants ou des adolescents totalement réfractaires au système scolaire. Ils peuvent en revanche ne pas avoir trouvé leur place à  l’école, ce qui peut entraîner une exclusion de l’école. Philippe Meirieu (5) a parlé de « stratégie de détour » pour désigner des approches pédagogiques permettant d’éviter les réactions de rejet chez certains élèves qui conditionnent inévitablement un échec scolaire.  Il s’agit de jeux ou d’activités culturelles ou sportives où les jeunes peuvent se découvrir des talents cachés.

Dans cet esprit, le projet européen Réussir à l’école grâce au bénévolat (6) propose une approche pédagogique alternative, pour des élèves ayant décroché ou connaissant des difficultés scolaires, basée sur l’expérience positive acquise, en dehors de l’école, dans une association. Un bénévolat peut être une étape fondamentale pour envisager différemment un parcours scolaire et penser différemment à un avenir professionnel. Au sein d’une association, les jeunes se sentent utiles à la société. Ils rencontrent des gens qu’ils n’auraient pas eu l’occasion de côtoyer dans leur cercle familial ou amical. Un projet réalisé au sein d’une association peut les motiver, leur faire prendre conscience de leur place et du rôle qu’ils peuvent jouer dans la société. Ils font partie d’un groupe, ils échangent des connaissances, ils acquièrent des compétences ou les transmettent à d’autres. Ils peuvent trouver leur voie, une vocation.

Un engagement associatif permet de développer plusieurs des compétences clés consacrées par une recommandation conjointe de l’Union européenne et du Parlement européen en décembre 2006. Elles comprennent quatre compétences « traditionnelles » : communiquer dans sa langue maternelle, communiquer dans une langue étrangère, savoir compter et avoir des compétences en sciences et technologies ;  savoir se servir d’un ordinateur et d’Internet (compétence numérique). Quatre autres compétences plus « complexes » ont été ajoutées : apprendre à apprendre;  les compétences sociales et civiques;  l’esprit d'initiative et d'entreprise; et la sensibilité et l’expression culturelles. Toutes ces  compétences peuvent être développées dans un cadre associatif. Elles sont aussi très utiles à l’école et dans une perspective professionnelle. L’idée du projet « Réussir à l’école grâce au bénévolat » est d’encourager un transfert de compétences du monde associatif au monde scolaire. Une des conditions de réussite est le partenariat étroit entre l’école, les associations et d’autres institutions en charge de la politique éducative (en particulier les communes).

En France, le projet « Réussir à l’école grâce au bénévolat » a été expérimenté, en Essonne, au printemps 2014 en partenariat avec la Mairie de Massy et le Collège Blaise Pascal (7). Un groupe de collégiennes, volontaires,  a été formé au bénévolat, pendant son temps libre. Après avoir suivi plusieurs sessions de sensibilisation (cadre, motivations, lien avec l’école et avec la vie professionnelle), elles ont rencontré des associations pour proposer leurs services. S’il est encore trop tôt pour apprécier l’incidence de leur engagement bénévole sur leur parcours scolaire, l’attitude des jeunes qui ont participé a été très constructive. Combiné avec leur stage obligatoire en classe de troisième, un engagement associatif est l’occasion de découvrir un aspect différent du monde professionnel. L’expérience a été positive. Elle est renouvelée en 2015 avec le Collège Blaise Pascal.

Le détour bénévole peut être fructueux pour des jeunes qui rencontrent momentanément des difficultés scolaires, par manque de motivation, par peur aussi de l’avenir qui leur semble difficile même pour les jeunes diplômés. Un engagement associatif, avec d’autres jeunes, pour une cause en laquelle ils croient, peut être décisif pour retrouver le chemin de l’école.

(1) Oscar Fingal O'Flahertie Wills Wilde est un écrivain britannique d'origine irlandaise, (Dublin, octobre 1854 – Paris,  novembre 1900) qui a écrit de nombreuses pièces de théâtre dont  « L’importance d’être constant » (1895)  et le roman « Le portrait de Dorian Gray » (1891).
(2) études réalisées dans le cadre du programme PISA- Programme for International Student Assessment-  résultats accessibles sur le site de l’OCDE- http://www.oecd.org/pisa/aboutpisa/
(3)   l’acronyme NEET - Not in Education nor in Employment nor in Training (hors système éducatif, emploi et formation)
(4) “Tous mobilisés contre le décrochage scolaire”, campagne lancée par le Ministère de l’Education nationale en novembre 2014, http://www.education.gouv.fr/cid55632/la-lutte-contre-le-decrochage-scolaire.html
(5) professeur en Sciences de l’Education qui a dirigé l’Institut de Formation des Maîtres de Lyon. Les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres (IUFM) s’intitulent à présent les Écoles supérieures du professorat et de l'éducation (ESPE)
(6) projet Comenius, programme Former et Eduquer tout au long de la Vie, initié par l’Institut de recherche et d’Information sur le Volontariat (iriv) avec l’Université de Northampton au Royaume-Uni, dans six pays : en France, en Bulgarie, en Italie, au Portugal et au Royaume-Uni- Plus d’informations sur : www.successatschool.eu.
(7)   les résultats de l’expérimentation sont présentés sur le weblog français du projet : http://sas-essonne.blogspot.fr/



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