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Numéro 27 - rive artistique - décembre 2014

Vanessa Vivero, architecte

Détours architecturaux– l’influence européenne au Mexique

L’architecture mexicaine témoigne d’héritages préhispaniques et espagnols, mais aussi d’une influence française dans les styles néoclassique et art nouveau. Celle-ci s’est exprimée  sous l’empire de Maximilien d’Habsbourg et la deuxième intervention française au Mexique qui a suivi (1864 - 1867) mais surtout sous le gouvernement du Président Porfirio Díaz (1876-1911), qui, fasciné par la France, a rénové des villes sur le modèle de  Paris.

 « En 1864, l’architecte autrichien Carl Gangolf Kaiser a été commissionné par Maximilien pour restaurer le Palacio Nacional  (siège du pouvoir exécutif fédéral au Mexique)  et le Castillo de Chapultepec  (Château des gouvernants au Mexique) » (1). L’empereur a d’abord restauré des bâtiments à son goût. A l'échelle urbaine,  il a commencé la construction d’une grande avenue, aujourd’hui Paseo de la Reforma (2). Il s’inspire d’anciennes places coloniales pour les marchés hebdomadaires, plantés d'arbres. Un exemple est donné par le jardin de "la Alameda Central" au District Fédéral. L'empire de Maximilien a duré trois ans, ce qui explique que beaucoup de projets n'ont pas vu le jour. 

Neuf ans plus tard, sous le gouvernement de Porfirio Díaz, l'influence de l'architecture française prend son essor au Mexique. Les styles néoclassiques, art déco et art nouveau, ainsi que l'utilisation du fer dans les constructions, sont des éléments remarquables des nouveaux bâtiments qui s’érigent au Mexique, tels les marchés couverts, les kiosques, et les grands magasins. Ainsi, le marché Hidalgo de Guanajuato, en carrière rose et couvert d'une voûte en berceau métallique, a été imaginé par l'ingénieur Ernest Brunel et l'architecte Antonio Rivas Mercado. Ce dernier, s’inspirant du Petit Palais à Paris, a également construit le théâtre Juarez à la façade néoclassique, un salon de fumeurs style art nouveau, et une salle de spectacles néo-mudéjar. Structure, escaliers et éléments de décoration sont en acier et en fer forgé. L'entresol a été construit avec une structure métallique et des carreaux en verre (3). Au District Fédéral, le théâtre national, aujourd'hui  Palais des Beaux-Arts, a été construit en 1904, par l'architecte italien Adamo Boari qui mêle les styles art-déco à l'intérieur et art-nouveau à l'extérieur, utilisant du marbre blanc pour les façades et de la couleur pour les intérieurs.

Une autre innovation importée de France a été la conception de grands magasins par des entrepreneurs français. El palacio de hierro a été conçu par l’ingénieur français Pieron et  construit par l’architecte mexicain Ignacio de la Hidalga en 1891. A l’image du Bon marché à Paris, le bâtiment comprend cinq étages, avec un grand pavillon central en fer forgé. La façade de style art nouveau intègre le fer forgé, les grandes fenêtres en cristal et la pierre. 

A l’échelle urbaine, Porfirio Diaz a continué la construction du Paseo de la Reforma à l’image des Champs Elysées de Paris « Le deuxième plan, (…) Salvador Malo le dédie au Président Porfirio Díaz, et remarque le quadrillage  (…) et deux étoiles haussmanniennes desquelles partent les avenues diagonales du projet » (4). Cette avenue est encore l'une des plus belles avenues du Mexique (5).

L’architecture s’est toujours inspirée d’autres temps (Antiquité, Renaissance, Art Nouveau) ou d’autres lieux  (Europe en Amérique latine, Asie ou Afrique en Europe…). Ces détours culturels sont à la fois un héritage mais aussi un dépassement. Combinant héritages préhispaniques et européens (espagnols, autrichiens, français), le Mexique du XXIème siècle a su construire une architecture variée,  originale et tournée résolument vers l’avenir.

(1) DREWES Michael. Otra aproximación a Carl Gangolf Kaiser (1837-1895), arquitecto de la corte del emperador Maximiliano. Anales del Instituto de investigaciones Estéticas, vol. XXII, núm. 77, Universidad Nacional Autónoma de México., México 2000, p. 152
(2)  pour relier sa résidence, le Château de Chapultepec  avec le Palais National
(3)  « Possiblement, Rivas Mercado qui avait fait des études à Paris, avait déjà vu en personne l’œuvre réalisée par Labrouste (La bibliothèque Nationale à Paris) et a décidé d’employer cette ressource » selon VASSALLO Roberta in La arquitectura del hierro en México durante el porfiriato. Tesis, Universidad Autónoma de México. D.F Mexique 2013, p. 371
(4) FERNÁNDEZ CHRISTLIEB Federico. Europa y el urbanismo neoclásico en la ciudad de México: antecendente y esplendores. Plaza y Valdés, D.F. Mexique 2000, p. 122
(5)    14.7 km de long, 18 m de largeur de voie et 9 m de largeur des trottoirs,



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