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Numéro 29 - rive architecturale - décembre 2015

Vanessa Vivero, architecte

Retour en architecture, vers l’environnement et l’Histoire

La perception temporelle de l’homme lui permet d’avoir conscience de son existence dans un temps passé, dans ses actions et ses créations. Par sa capacité d’analyse, il valorisera le passé en reconnaissant ses réussites et ses défauts, ce qui influera sur sa perception de l’avenir. Pour corriger ses erreurs et ceux de ses ancêtres, il essaiera de repartir à nouveau en revenant au point de départ, afin de concrétiser l’idée d’avenir qui se crée au présent.

Dans l’architecture, le retour au point de départ est une évidence. On reconsidère les anciennes techniques et les matériaux de construction, plus compatibles avec les enjeux bioclimatiques, la prise en compte du gaspillage des matières premières et des sources d’énergie fossiles, la dégradation de l’air, de l’eau et du sol, de l’abondance des déchets, la concentration en dioxyde de carbone (Co2), méthane (CH4) et oxyde nitreux (N2O) dans l’atmosphère après la révolution industrielle du XIXème siècle. L’effet de serre a entrainé des changements climatiques comme le réchauffement de la planète et l’augmentation du niveau des océans.

Parallèlement au Mouvement Moderne, quand les pays commencent à se préoccuper de la préservation de l’environnement au début du XXe siècle, quelques architectes du monde entier contribuent à la cause en proposant des architectures en relation harmonieuse avec le site. Ils favorisent une implantation d’immeubles par rapport aux vents, à l’ensoleillement et au terrain pour profiter des énergies naturelles (1). Parmi les précurseurs de cette architecture éco-responsable on trouve Frank Lloyd Right et Buckminster Fuller aux Etats-Unis, Alvar Aalto en Finlande, Hassan Fathy en Egypte, Luis Barragan au Mexique, Tadao Ando au Japon, et Glenn Murcutt en Australie.

Les savoir-faire anciens et les nouvelles techniques sont repris par les nouvelles générations d’architectes pour arriver à des solutions écologiques. « Tradition et progrès, la valeur de l’héritage trans-générationnel par opposition au raz-de-marée quotidien de la consommation des ressources, différence et universalisme, peuvent converger vers une pensée unitaire : à la fois globale et locale, vouée à la préservation de la tradition et innovante par ses solutions techniques, respectueuse de la singularité de l’individu dans la considération des valeurs collectives et communautaires basées sur la possibilité et sur la confiance, comprise comme témoignage de foi, dans la survie collective. » (2). Quelques représentants actuels de cette d’architecture écologique (dite durable) sont Wang Shu en Chine, Fabrizio Carola en Italie, Francis Kéré à Burkina Faso, Françoise-Hélène Jourda en France et Stefan Benisch en Allemagne. Ils conçoivent des constructions à l’échelle unitaire ou à l’échelle urbaine, avec des éco-quartiers, avec des éclairages naturels, des jardins potagers pour la consommation des habitants tout en en économisant l’eau et l’électricité.

La restauration du patrimoine architectural permet aussi un retour à l’architecture d’antan. La fidélité à l’état original de ces monuments historiques nous rapproche du passé et donne à notre présent des racines. Cette valorisation du patrimoine a été établie en 1964 à Venise lors du IIe Congrès international des architectes et des techniciens des monuments historiques, avec l’approbation de la Charte Internationale sur la Conservation et la Restauration des Monuments et des Sites entre les pays européens, la Tunisie, le Mexique et le Pérou, et « quinze ans plus tard, quatre-vingts pays appartenant aux cinq continents signaient la Convention du patrimoine mondial » (3).

Les codes d’urbanisme et de construction autour du monde, à l’instar des architectes, prennent aujourd’hui en compte la conservation et la restauration des monuments historiques, ce qui assure la croissance des villes en accord avec le patrimoine architectural. Enfin, que ce soit pour valoriser le patrimoine architectural ou tenter de corriger les erreurs environnementales, les sociétés actuelles reconnaissent, conservent et reproduisent les savoir-faire d’antan pour un avenir en harmonie avec l’environnement.

(1) Olga Vanessa VIVERO VERA, Mémoire de fin d’études de Master 2 Professionnel Urbanisme et Aménagement « L’importance de l’architecture durable et le prix Global Award for Sustainable Architecture », Paris, 2010, p.10.
(2) Benno ALBERCHT, Habiter écologique, quelles architectures pour une ville durable ?, Actes Sud, Cité de l’Architecture et du patrimoine, Paris, 2009, p. 50
(3) Françoise CHOAY, L’Allégorie du Patrimoine, Editions du Seuil, Paris, 1992, p. 12.

 


 



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