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Numéro 16 - rive éditoriale - mai 2009

dr Bénédicte Halba, présidente fondatrice de l'iriv, co-fondatrice des rives de l'iriv, co-fondatrice du Club de l'iriv à la Cité des Métiers

Promesses d'avenir

Certains analystes voient dans la situation difficile que traversent nos sociétés occidentales une phase de transition qui devrait conduire à un nouveau partage des fruits de la croissance. En Europe, la situation est très différente de la crise économique des années 1930. Depuis 1957, avec le traité de Rome qui créait le Marché Commun, les Etats européens ont appris de leurs erreurs passées. Ils ont mis en commun leurs efforts et construit une Union européenne qui compte 27 membres depuis 2007, ils étaient six membres fondateurs en 1957 (Allemagne, Belgique, France, Luxembourg, Italie et Pays-Bas).


Le scepticisme a gagné les citoyens européens. Le dernier baromètre publié sur la participation aux prochaines élections européennes de juin 2009 prévoit un taux d'abstention record, en particulier auprès des jeunes qui considèrent qu'ils n'ont aucun moyen de faire changer les choses (1). L'Europe est pourtant leur plus belle promesse d'avenir.

Dans le monde, les jeunes croient en " un avenir prometteur " : ils sont 60% au Danemark, 54% aux Etats-Unis ou 43% en Chine. Curieusement, 74% des jeunes Français sont pessimistes sur leur avenir (2). Leur principale inquiétude concerne leur avenir professionnel. Selon les chiffres de l'Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE), le taux d'emploi des moins de 25 ans atteint 31,7% en France (37,7% dans les autres pays européens de l'OCDE) (3).

Le taux d'activité des jeunes Européens (4) est bas parce que les études sont de plus en plus longues. En France, le nombre d'étudiants est passé de 309 700 en 1960, à 850 600 en 1970 et 2 228 200 en 2007 (5). Une étude, publiée en décembre 2008, a indiqué une stagnation des effectifs depuis deux ans ; une baisse de 7% est même prévue d'ici 2017. L'évolution démographique n'est pas la seule explication. On note une désaffection très nette pour l'Université dont les effectifs devraient chuter de 15% (6). 

Les étudiants reprochent à l'enseignement universitaire d'être déconnecté des réalités du monde du travail et de ne pas préparer efficacement leur insertion professionnelle. En France, ils ont exprimé leurs craintes à l'occasion de la réforme de l'Université proposée par la Ministre chargée de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. En Grèce, de violents affrontements ont opposé étudiants et forces de l'ordre. En Italie et en Espagne, les jeunes diplômés expriment leur désenchantement : leurs années d'études ne leur permettant pas de trouver des emplois bien rémunérés, ils se sont appelés la génération " 1000 euros ". 

L'accès des jeunes au monde du travail est difficile. L'association peut être une passerelle pour y accéder. Un engagement associatif devient alors une étape essentielle pour leur insertion sociale et professionnelle. Un bénévolat enrichit leur parcours personnel et leur " capital social " (7) en complétant leur formation initiale. Il peut parfois déboucher sur un premier emploi. Se rendre utile aux autres, acquérir des compétences, révéler des aptitudes, rencontrer des gens que l'on aurait pas eu l'occasion de côtoyer, sont autant d'arguments en faveur d'une expérience bénévole pour les jeunes (8). C'est aussi une façon de " ré-enchanter le monde" (9), d'expérimenter, de se tromper, de recommencer, d'apprendre. 

La Commission européenne propose de nombreux programmes aux jeunes pour financer leurs projets, en particulier associatifs (10). Un Service Volontaire Européen (SVE) a été mis en place par la Commission depuis 1996 : des jeunes de 18 à 30 ans peuvent ainsi se sentir citoyens de l'Europe en se mettant au service d'un projet d'intérêt général. Le SVE permet aussi de découvrir une autre culture et d'acquérir de nouvelles compétences. Des outils et des méthodes sont proposés aux jeunes pour intégrer cette expérience associative dans leur curriculum vitae (11). L'Université a un rôle essentiel à jouer pour valoriser ces savoirs développés en dehors de l'école, ces " acquis buissonniers ". 

Il serait réducteur de réduire la jeunesse à une question d'âge : " l'esprit est vieux, il a l'âge de ses préjugés " (12). Nous construisons tous l'Europe de demain. Dépasser son inquiétude et ses doutes, proposer des projets, construire un avenir commun, ensemble, au sein des associations : voici une belle promesse d'avenir, à tout âge, en France et en Europe… 


(1) En France, l'abstention n'a cessé de progresser aux scrutins européens, avec une exception en 1994 : 39,3 % en 1979, 43,3% en 1984, 51,2% en 1989, 47,3 en 1994, 53,2% en 1999 et 57,2 % en 2004. En 2004, l'abstention aux élections européennes dans les nouveaux États membres atteint 59,7% en moyenne, avec un minimum pour Malte (17,6%) et un maximum pour la Slovaquie (83%)
(2) Documents de travail de la Commission Hirsch, Martin Hirsch, Haut Commissaire à la Jeunesse depuis mars 2009
(3) Un taux d'activité de 38.8% pour les Européens âgés de 15 à 24 ans contre 79.9% pour les Européens âgés de 25 à 54 ans ; mais le taux de chômage réel des jeunes Français de moins de 25 ans est de 7,3% (7,1% en moyenne pour la même classe d'âge de l'Europe des 15)
(4) EU27 data, 3rd Quarterly EUROStat, January 2009
(5) Ministère de l'Education nationale -http://www.education.gouv.fr
(6) Ibidem
(7) voir notamment les travaux de sociologues comme Pierre Bourdieu en France ou James Coleman et Robert Putnam aux Etats-Unis(8) Halba B. (sous la direction de), Bénévolat : un atout pour les jeunes, une chance pour les associations, Iriv, Paris, 2001.
(9) Godbout (Jacques T.), Le don, la dette et l'identité, Editions La Découverte & Syros, Paris, 2000
(10) Commission européenne - Portail de la Jeunesse - http://europa.eu/youth/index.cfm?l_id=fr
(11) Europass (http://www.europass-france.org/) ou le projet Valoriser les acquis de l'expérience bénévole (www.eEuropeassociations.net)
(12) Bachelard (Gaston), La formation de l'esprit scientifique, Editions Vrin, Paris, 1938.

 

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