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Numéro 19 - rive éditoriale - mai 2010

dr Bénédicte Halba, présidente fondatrice de l'iriv, co-fondatrice des rives de l'iriv, co-fondatrice du Club de l'iriv à la Cité des Métiers

Un autre, un étranger

Dans l'Ancien Testament, la diversité humaine est envisagée dans la parabole des trois rameaux censés incarner l'humanité. Ils représentent les trois fils de Noë : Ham pour la descendance africaine ("noire"), Sem pour la descendance sémite ("jaune"), Japhet pour la descendance européenne ("blanche"). Au XIXème siècle, avec la colonisation, le concept de "race" apparaît dans l'analyse des anthropologues. L'altérité est hiérarchisée : certains peuples sont présentés comme supérieurs à d'autres pour justifier l'exploitation de certains hommes par d'autres.  

Dans sa nouvelle Tamango (1), Prosper Mérimée, raconte l'histoire édifiante d'un esclave noir, victime du commerce triangulaire, organisé entre l'Afrique, les ports français (Bordeaux, La Rochelle ou Nantes) et l'Amérique. On apprend que Tamango a lui-même participé à ce commerce en vendant ses semblables aux marchands d'esclaves contre de l'alcool, des armes… Un jour, il livre sa femme, Ayché, aux négriers. Fou de douleur, il tente de rattraper le navire sur lequel elle a été embarquée mais il est à son tour réduit en esclavage. Il se retrouve alors dans la situation de ceux qu'il vendait autrefois sans pitié. Il incite ses compagnons à se rebeller contre l'équipage. Ils tuent tous les hommes blancs mais ne survivent pas : Tamango est le seul rescapé, sauvé par un navire anglais en partance pour Kingston en Jamaïque.  

Si la nouvelle de Mérimée est un vibrant réquisitoire contre l'esclavage, elle met au jour une réalité plus humaine. Sans complicités locales, les négriers n'auraient pas pu continuer leur coupable industrie. La justification anthropologique, selon laquelle certaines " races " seraient inférieures à d'autres, masquait des motivations purement économiques. L'esclavage permettait d'utiliser une main d'œuvre gratuite pour cultiver les terres découvertes dans le Nouveau Monde. Le commerce triangulaire était très lucratif pour tous les trafiquants, quelle que soit leur couleur.  

Au XXIème siècle, l'exploitation humaine existe toujours. L'esclavage n'a pas disparu ni les trafics humains. Des réseaux mafieux, souvent issus des pays d'origine des migrants, organisent la traite de leurs compatriotes venus de pays pauvres et souvent en guerre (Albanie, Afghanistan, Irak, pays africains…). Cette main d'œuvre fragile est utilisée pour la prostitution, les ateliers de travail clandestins ou la mendicité organisée. Les femmes et les mineurs isolés sont des proies faciles pour ces trafiquants. La politique européenne en matière de migration (2) propose un cadre réglementaire et juridique souvent jugé très répressif parce qu'il entend lutter contre ces trafics humains.  

En matière de politique de migration et d'intégration, la Commission européenne a aussi insisté sur la nécessité d'une approche globale (3) qui doit impliquer toutes les parties intéressées. Un processus de coopération transnationale au niveau municipal entre autorités publiques, entreprises privées, société civile et associations de migrants, a été lancée lors d'une conférence intitulée Integrating Cities, qui s'est tenue à Rotterdam en octobre 2006. Un forum européen de l'intégration (4) rassemble également des organismes de coordination européens associatifs qui échangent leur savoir-faire et publient leurs recommandations sur le site internet consacré à l'intégration.  

La société civile joue un rôle clé dans la lutte contre le racisme et la xénophobie, pour l'égalité des chances et la promotion de la diversité. Les associations œuvrent à tous les niveaux : européen, avec le réseau contre le racisme ENAR (5) ; national, avec la Cimade (6) en France qui défend les droits des migrants ; et local comme Autremonde (7), qui accompagne, à Paris et en région parisienne, les migrants dans leur vie quotidienne (alphabétisation, emploi, démarches administratives…).  

Un migrant est la figure emblématique d'un autre, qui a souvent fait un long voyage, le plus souvent de son plein gré, pour venir vivre et travailler dans un pays inconnu, avec d'autres, qui sont pour lui des étrangers. L'action des bénévoles est fondamentale pour accueillir et accompagner les migrants. Jules Renard écrivait dans son Journal (8) :   " Le but, c'est d'être heureux. On n'y arrive que lentement. Il y faut une application quotidienne. Quand on l'est, il reste beaucoup à faire : à consoler les autres ".

 

  1. Nouvelle parue en 1829 ; Prosper Mérimée, auteur français (1803-1070)
  2. La migration est devenue une compétence communautaire depuis le Traité d'Amsterdam en 1997
  3. Commission européenne, Troisième rapport annuel sur la migration et l'intégration, Bruxelles, le 11.9.2007, COM(2007) 512 final
  4. Forum européen pour l'intégration, http://ec.europa.eu/ewsi/fr/policy/legal.cfm
  5. Le Réseau européen contre le racisme (ENAR) est un réseau de plus de 600 ONG européennes œuvrant pour lutter contre le racisme dans tous les Etats membres de l'Union européenne et la voix du mouvement antiraciste en Europe, http://www.enar-eu.org/
  6. La Cimade est une association de solidarité active avec les migrants, les réfugiés et les demandeurs d'asile, http://www.cimade.org
  7. Autremonde est une association de solidarité, et de lutte contre les différentes formes d'exclusion, http://site.autremonde.org/
  8. Journal (1893-1898), Jules Renard.



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